Pendant près de deux décennies, le modèle SaaS s’est imposé comme la mécanique la plus efficace de l’industrie logicielle : abonnements par utilisateur, revenus récurrents et croissance prévisible. Mais ce modèle, longtemps considéré comme inébranlable, commence à être sérieusement questionné. 

Début février, le secteur du logiciel a connu une secousse brutale. En une seule séance, près de 265 milliards d’euros de valorisation se sont évaporés dans l’écosystème SaaS. Sur les semaines suivantes, les pertes cumulées ont approché les 930 milliards d’euros. Certains observateurs ont évoqué un « SaaSpocalypse ».

Derrière l’effet de marché, une transformation plus profonde se dessine : l’arrivée de l’IA agentique remet en cause l’un des piliers historiques du SaaS, le modèle par licence utilisateur. Depuis plus de vingt ans, la logique économique du SaaS reposait sur une équation simple : plus une organisation compte d’utilisateurs, plus elle achète de licences.

Mais cette mécanique est directement percutée par l’essor des agents IA capables d’exécuter des tâches entières sans intervention humaine : analyser des données, mettre à jour des systèmes, générer des rapports ou orchestrer des workflows. Dans ce nouveau paradigme, la valeur d’un logiciel ne dépend plus uniquement du nombre de collaborateurs connectés, mais de sa capacité à automatiser et orchestrer des processus métiers. Autrement dit, la licence utilisateur — longtemps au cœur du modèle — perd progressivement de sa pertinence.

Interfaces contre intelligence

Cette mutation met en lumière une distinction de plus en plus nette dans l’écosystème SaaS. D’un côté, de nombreux outils se limitent à fournir une interface pour saisir des données, gérer des tâches ou afficher des tableaux de bord. CRM, outils de gestion de projet ou plateformes analytiques reposent souvent sur ce modèle : organiser l’information et la rendre visible. Ceux-ci sont particulièrement fragilisés par l’IA. Par exemple, Salesforce voit ses licences utilisateurs moins critiques quand des agents IA peuvent automatiquement générer des rapports clients ou suivre les pipelines de vente ; Trello est concurrencé par des IA qui planifient automatiquement les tâches, assignent les ressources et créent des timelines sans intervention humaine.

De l’autre côté, certains logiciels embarquent une couche beaucoup plus profonde : expertise métier, logique décisionnelle, règles de gouvernance ou orchestration de processus complexes. Ces plateformes résistent mieux à la vague actuelle. Dans un environnement où des agents IA peuvent remplir des formulaires ou générer des rapports à la place des utilisateurs, les interfaces seules deviennent remplaçables. En revanche, les plateformes qui structurent les processus et capturent une connaissance métier restent difficiles à reproduire.

Une transformation plus marquée en Europe

Cette évolution prend une dimension particulière sur le marché européen. Loin de l’idée d’un simple « build it yourself » avec l’IA, les entreprises doivent composer avec un environnement réglementaire dense : RGPD, AI Act, DORA ou encore CSRD. Développer rapidement un outil interne ne suffit pas ; il faut garantir la gouvernance des données, la conformité réglementaire et la traçabilité des processus.

La valeur d’un logiciel réside donc non seulement dans ses fonctionnalités, mais aussi dans la méthodologie et les règles de gestion qu’il embarque. Cette dimension renforce l’intérêt des plateformes capables d’intégrer des couches d’intelligence métier et de gouvernance.

De la licence à la performance

Pour les entreprises, la question du modèle économique se pose désormais différemment. Le paiement par licence, pilier historique du SaaS, laisse progressivement place à des approches hybrides : tarification à l’usage, au volume traité ou à la performance générée.

La logique évolue : il ne s’agit plus de facturer l’accès à un outil, mais la valeur qu’il produit dans l’organisation. Dans cette configuration, certains SaaS pourraient perdre leur position intermédiaire. Trop spécialisés pour être des plateformes structurantes, mais trop génériques pour résister à l’automatisation, ils risquent d’être absorbés ou remplacés par des solutions plus intégrées.

La gestion des licences : un révélateur de cette mutation

Le domaine de la gestion des licences logicielles illustre particulièrement bien cette transformation. Avec la multiplication des outils SaaS et l’apparition de nouvelles offres liées à l’IA, les parcs logiciels deviennent de plus en plus complexes à piloter. Pourtant, dans de nombreuses organisations, la gestion des licences repose encore sur des approches basiques : inventaires statiques, tableaux de bord ou simples outils de reporting.

Dans un environnement où les modèles de licences évoluent rapidement — notamment avec l’introduction de licences IA — les entreprises ont besoin d’outils capables non seulement de suivre les allocations, mais aussi d’analyser les usages et d’orienter les décisions.

Le Bureau des Licences : une approche plus intelligente du SaaS

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit Le Bureau des Licences, développé par Mersy. La plateforme ne se limite pas à centraliser les informations sur les licences logicielles. Elle propose une véritable approche de pilotage du parc SaaS, en intégrant des capacités d’analyse et d’optimisation. Elle permet notamment de :

  • cartographier l’ensemble des licences et contrats,
  • analyser les usages réels des outils,
  • identifier les licences inutilisées ou mal attribuées,
  • piloter les profils d’utilisateurs et les allocations,
  • éclairer les décisions budgétaires et les renégociations.

Dans un contexte de complexification rapide des modèles de licences, cette capacité à transformer la donnée en décision devient un levier stratégique pour les DSI et les directions achats.